Le Monstre
Le
Monstre
| Cet article est paru sur l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
le 03 février 2007.
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Je
suis donc le Monstre, non l’objet phallique de vos phantasmes
ou de
ceux d’un Spielberg adolescent, simplement le Monstre, sur de
ma
puissance mais regardant tel un Gulliver anachronique les moustiques
que vous êtes s’agiter autour de moi.
Mon
maître me direz vous puisque vous me pensez
mécanique ou
animal pour les plus poètes d’entre vous, mon
maître
donc, qui est il ?
Je le vis pour la première fois
un
matin ordinaire où je m’ennuyais dans une cour
d’usine.
Vous dire l’impression que me fit son doux regard
ténébreux,
je n’ai pas de mots. Je me sentis Achille devant Patrocle,
Héloïse
devant Abélard (Note du
traducteur : " avant
le léger incident qui l’a fait survivre dans nos
mémoires… ").
L’évidence me frappa.
J’étais sa chose. Nous étions Un.
Trente
ans déjà que j’évoque sans
nostalgie, mon
amour toujours présent pour lui qui m’a conduit
dans tant de
lieux magiques et près de gens si merveilleux parfois par la
simplicité et la chaleur de leur accueil.
Les sables
africains, les lacs nordiques,les montagnes
pyrénéennes, l’émotion
qui m’a envahi moi simple monstre devant le
panneau " Bethléem
25km ", les servantes accortes, la poésie
de la nuit
dans les zones industrielles abandonnées, peut être
essaiera t’-il de vous les faire vivre avec ses pauvres mots
d’homme. Mais c’est moi le Monstre qui les partagea
avec lui.
Toujours
je me suis paré d’atours différents
pour exciter son
désir et sa convoitise. Je veux être tout pour
lui, son
amant, sa maîtresse.
Ses abandons momentanés pour
le
monde futile des hommes ne me troublent pas. Je suis le Monstre et je
sais que nos liens sont indestructibles. Sans lui je ne suis rien,
sans moi il n’est qu’humain. Je le veille et le
berçe
quand il dort dans mon sein.
Bien
sur au fil du temps, je me suis transformé.
J’étais
Berliet ou Saviem, me voila Mercedes ou Volvo. Je suis doté
d’outils modernes et sécuritaires me dit-on. Ma
vieille
boite Fuller remplacée par une boite automatique, un ou deux
turbos, l’électronique, le gps, l’abs et
le crs.
Dans ma
cabine vous trouvez un tableau de bord d’avion, des boutons
partout. Le monde a changé aussi et je me contente le plus
souvent d’avaler des kilomètres
d’autoroute avec mes mille
litres de gazole au parfum si subtil, huit cent kilomètres
par
jour en début de semaine pour faire plaisir à
Martine
Aubry, mille ou plus les autres jours de la semaine puisque nous
sommes des " outlaw "
à partir du
mercredi matin.
Rassurez
vous esprits chagrins devant notre indifférence face
à
la loi,nous sommes des dinosaures mon maître et moi et nous
ne
sentons plus vraiment chez nous dans ce siècle si
étrange
manquant singulièrement de poésie. Question de
croyances sûrement puisque Dédé le
brigadiste
nous l’avait prédit religieux…
Les
insectes qui m’entourent, nous les voyons bien sur. Nous
anticipons
leur bêtise de croire que mes quarante tonnes se stoppent
instantanément. Alors il conduit et j’assume ma
condition de
monstre domestiqué. Tous ces
périphériques
européens ne sont dissemblables que par le
caractère
différent des autochtones et je module mes élans
suivant le pays où je me trouve.
Et
puis des cadavres, nous en avons déjà eu notre
compte.
Ceux des inconnus et ceux de nos camarades couchés dans un
fossé une nuit ordinaire et que la grue ne
réveillera
pas.
Des corps calcinés, des
caravanes
éventrées,
des débris humains sur la chaussée, ce
banlieusard
éclaté sur L’A86 dans sa voiture
pourrie à
5heures du matin et qui devait se rendre à son travail
gagner
un salaire de misère, cette tête qui roula
jusqu’à
mon pneu un matin de printemps avec le rictus de la vie encore
présente. Ma gorge de monstre se serre lorsque je pense
à
eux et je bride ma puissance pour pouvoir éviter les pauvres
choses fragiles que vous êtes sans en être
conscients.
Heureusement
la route n’est pas toujours un drame. Certains matins, je
sens mon
seigneur et maître s’éveiller
d’humeur guillerette.
Il me parle mais je ne l’entends déjà
plus. Son
regard canaille jauge mes formes parfaites. Je frissonne et une sorte
de langueur attentive m’envahit. Il descend et
déjà
je ne suis plus moi. Il fouille mes entrailles, débranche
des
fils, trafique des plombs, je ne sais plus, je suis perdu. Il
remonte, introduit la clé, il
m’ébranle. Je soupire,
je m’ébroue.
Nous bougeons enfin jusqu’à
la
départementale oubliée, rendue glissante par la
rosée
du matin. Il me lâche la bride, je pars en longues glissades
improbables. Il se déchaîne dans un virage
impossible.
Nous oublions tout. Je suis lui, il est moi.
Alors,
si vous m’apercevez gambader dans un chemin de traverse,
n’ayez
pas peur. C’est seulement moi le Monstre qui passe le temps.
Je
m’ennuie de lui. Il reviendra je le sais. Je
l’attends.
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