Pute à Hambourg
Pute
à Hambourg
| Cet article est paru sur l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
le 26 février 2007.
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Des
filles à soldat, des putes diverses et variées, des
noires achetées pour un pain de guerre ou un poulet
au
pili-pili, des fatmas aguichant le client éventuel uniquement
avec leurs yeux, cela fait longtemps que j’en ai
perdu et le
nombre
et les visages quand ils n’étaient pas
voilés. Une
seule m’est restée en mémoire. Lili
Marlène,
ma princesse de Hamburg.
Depuis pour moi, les infirmières
sont
des duchesses virginales, les caissières de
supermarché
des vicomtesses butineuses, les servantes de bistrot des Cendrillon
au verbiage coloré, mes correspondantes virtuelles des
marquises inaccessibles et les autres, des
« objets » charmants mon regard
par leur
aptitude à se changer au gré de mes humeurs en
Bovary
inattendue ou en Milady indomptée.
Ah,
les ports et les gares, j’en connais des dizaines et chacun
et
chacune ont une saveur particulière dans mon
souvenir.Quelques
charmant(e)s évaporé(e)s du net nous ont
traités
l’autre jour de poètes, le Monstre et moi. Je les
en remercie
et nous sommes sensibles à la flatterie.
Oui, oui,
n’empêche
que je ne dédaigne pas échanger horions et
quolibets
dans les tavernes enfumées et la poésie du
maniement de
la barre de cric lors de discussions plus ou moins vives ne
m’est
pas indifférente !
Quant
au Monstre, comment vous expliquer cela vous qui avez
l’habitude
des parcours bien balisés par Bison futé.Disons
qu’en
semaine et la nuit, c’est un autre monde et
l’autoroute n’est
pas toujours un long fleuve tranquille. Sa barre de cric à
lui,
c’est une semi de presque quatorze mètres de long
et il aime
bien jouer avec les Hidalgo qui se croient chez eux ou
d’autres
abrutis pensant que leur papier rose leur donne tous les droits. Il
est farceur ce monstre !
Un
soir, quelque part en Europe, je le vis même avec
stupéfaction
écraser délicatement le capot d’une
Mercedes
rutilante contre un mur en béton.
Alors que je
m’apprêtais
à lui faire un reproche me semblait-il justifié,
je vis
dans mon rétroviseur émerger de
l’épave en
question deux de ces maquereaux invraisemblables avec leurs petits
pistolets ridicules à la main, tout surpris que quelque
chose
ait pu leur résister. Sacré Monstre, un vrai
gamin et
avec du flair...
Les
ports disais je. Je ne sais qui a déteint de lui ou de moi
sur
l’autre, mais moi aussi, j’ai un flair bizarre.
Lorsque je me
retrouve dans une gare ou un port, immanquablement mes pas me
mènent
vers ce que vous appelez les rues chaudes, le petit bar
caché
au fond d’une ruelle inconnue du touriste.
Pour
vous donner un exemple, vous connaissez peut-être
Granville ?
On appelle cela un port pour faire plaisir aux Normands. Un port de
carte postale quoi, croyais je.
Il y a quelques années en
plein mois d’août, on avait deux jours à
perdre le
Monstre et moi. Dix heures du matin, je décroche la semi, je
lui lâche la bride. Il évite la petite place
colorée,
le casino pompeux, me dépose devant un bar fleuri. Peinard
quoi pour prendre le café. Et bien non. C’est ce
moment là
qu’a choisi un Popeye ahuri pour traverser la vitre et
s’écrouler
ensanglanté à mes pieds. Moi le flowerpower
convaincu,
le hippie refoulé, tel est mon destin. Je suis
persuadé
que ce bar là n’est pas dans le guide du
routard !
Alors
des ports, j’en ai plein dans la tête avec leurs
rues de Siam
personnelles et leurs singes en hiver. Oran et ses bateaux
brisés
par la tempête, Haïfa et son Mont Carmel sous la
neige,
Napoli avec son Vésuve mythique, les marchands de
cigarette, le
marché aux voleurs et sa manifestation de contrebandiers
lorsque les gardes-côtes avaient osé acheter une
vedette
rapide. Portsmouth et un pub ahurissant, Glasgow si
différente
du reste de l’Ecosse avec son paysage de ville
bombardée et
une blonde, enfin une vraie blonde quoi. Bien d’autres
encore. Un
blog n’y suffit pas.
Et
puis il y a Hamburg. J’ai des souvenirs aussi à
Antwerpen,
Rotterdam, Amsterdam ou Stockholm. Mais le port par excellence pour
moi, c’est Hamburg à cause de Lily
Marlène
évidemment.
Je
venais de je ne sais plus où lorsque le bateau atterrit dans
ce port légendaire. Car les bateaux atterrissent bien
sur ;
les avions se posent ou s’écrasent, mais ce
n’est pas
mon truc. Le plus souvent, je préfère sauter en
route.
Je ne suis pas rassuré dans ces machins bizarres.
La
gare ensuite. Les deux pôles d’une ville qui se
respecte.
Quelques jours plus tard, j’avais posé mon sac et
je
travaillais sur les docks.
Ville bizarre avec ses maisons cossues,
son lac et ses voiliers prétentieux des bourgeois
hanséatiques
en plein milieu de la cité, la Reeperbahn enfin vers
où
vous mènent toutes les rues puisque c’est le
passage obligé
pour descendre au port.
Une fête foraine au sommet et
trois
kilomètres de sexe à la teutonne dans une avenue
conçue
par un Albert Speer facétieux. Je ne sais pas quoi vous dire
d’autre. Il faut l’avoir arpenté, bu
dans ces bars aux
comptoirs gigantesques, pénétré dans
ces Eros
Center qui n’ont d’érotiques que le nom
pour savoir ce
dont je parle.
Mais
le Sanktpauli que j’aime, c’est sur la gauche de la
Reeperbahn.
La rue sans nom dans mon souvenir, interdite aux femmes parce
qu’elle
en est déjà pleine, Herbertstrasse ou
Davidstrasse je
ne sais plus, avec le mur aveugle d’une brasserie
interminable,
les bars à mataf et un particulièrement
où je
finissais la nuit ou commençais la journée
à
trois heures du matin, c’est selon.
Certes les tabourets et
bouteilles y vivaient parfois une vie aérienne autonome,
mais
le schnaps vous y brûlait délicieusement la gorge.
Un
soir de pluie donc, alors que je descendais vers mon auberge
préférée, elle m’aborda au
coin d’une
boutique de tatoueur. Constatant mon accent de Fransoze, dans un pur
langage angevin, elle manifesta un enthousiasme auquel je ne
résistai
pas.
Après un aimable badinage nous permettant de faire plus
ample connaissance, elle émit le désir de
partager une
bouteille de cognac. Moi pauvre créature affaibli, sans
défense , je ne sus résister à ces
plaisirs
promis.
Et
elle parla enfin dans la langue de son enfance. Elle,
l’allemande
malgré elle que le pays de son cœur avait
chassé dés
sa prime jeunesse. Sa haine des schleus disait elle, employant des
mots d’une autre époque. Son ironie mordante
devant leurs
phantasmes mesquins.
Elle me narra son père le
Boche,
disparu
dans l’apocalypse finale. Sa mère la tondue morte
de honte
quelques années après la Libération
qui fut pour
Lili Marlène le début de l’enfer. Sa
fuite en
Allemagne où elle fut immédiatement
perçu comme
l’étrangère, un reproche vivant pour ces
seigneurs
s’étant crus dans Wagner et se retrouvant
à jouer
hypocritement un pitoyable Canossa.
Lorsque
je sortis du sommeil quelques heures plus tard, j’effleurai
ses
paupières d’un chaste baiser, effaçai
sur sa joue
d’un index discret une larme imaginaire. Elle ouvrit les
yeux, me
sourit avec son âme et me déclara d’une
voix timide
avant de m’ouvrir les
bras : « J’ai
rêvé
en français ». Inutile de vous dire que
les bateaux
ne m’attendirent pas.
Je
laisse les derniers mots à mon vieux pote Charlie
Qui
dans un autre siècle la rencontra aussi.
Si
vous la rencontrez, bizarrement parée
Traînant
dans le ruisseau un talon déchaussé
Et
la tête et l’œil bas comme un pigeon
blessé,
Messieurs
ne crachez pas de jurons ni d’ordure
Au
visage fardé de cette pauvre impure
Que
déesse famine a par un soir d’hiver
Contraint
à relever ses jupons en plein air.
Cette
bohème là, c’est mon bien
Ma
richesse, ma perle
Mon
bijou, ma reine.
Ma
duchesse.
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