Séverine
| Cet article est paru sur l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
le 25 avril 2007.
|
Je feuilletai un éphéméride
virtuel
il y une heure à peine.
Soudain un prénom me sauta à la
mémoire, Séverine, un prénom qui me
transporte
quarante ans en arrière. Je ne sais si les adolescents
actuels lisent encore
Jules Vallès. Il m’en reste trois titres en
mémoire. L’Enfant, le Bachelier et
l’Insurgé bien sûr.
Il m’en reste aussi
une impression d’immense pauvreté dans
ce 19éme siècle qui fut si dur avec les classes "dangereuses" entre
les saignées napoléoniennes, les fusillades de
1830, juin 48, Cavaignac et Napoléon le petit, la semaine
sanglante et Monsieur Adolphe Thiers dans ses bonnes oeuvres ; la
faim,la tuberculose,
le choléra omniprésent. Et pourtant un
foisonnement d’idées et
d’espérances nouvelles.
Séverine, en 1880, avait
25 ans lorsqu’elle
rencontra Jules, "le candidat de la Misère, le
député des
Fusillés" (dixit
Eugène Pottier). Il lui restait cinq ans à vivre
(Julot bien sur !).
Grâce à l'argent de son
futur mari, le docteur suisse Adrien Guebhard, elle relance
avec Jules en 1883 le
journal "Le Cri du Peuple" qu'avait créé Vallès sous la Commune. Après
la mort de Jules Vallès, elle
réussit à tenir le journal pendant trois ans
malgré les différents courants agitant
le socialisme qui n’était pas encore
national et royaliste.
Elle écrit ensuite dans différents journaux et
c’est à ma connaissance la première
femme journaliste vivant de son métier.
Après
avoir défendu les anarchistes tel qu’
Auguste Vaillant, elle collabore au
journal "La Fronde", premier
journal féministe.
Sa vie est trop
riche pour que je vous l’expose ici, mais elle fut
évidemment de tous les
combats de son époque : Dreyfus, le vote des
femmes, le refus de la guerre
en 1914, jusqu’à Sacco et Vanzetti en 1927.
Peu
après le congrès de Tours, elle
adhère au parti communiste mais il ne lui fallut pas des
dizaines d’années pour
le quitter comme certains autres. En 1923 les camarades lui
demandèrent de
choisir entre le parti et la ligue des droits de l’homme. "Tu m’as vu,
tu
me reverras plus" qu’elle leur
répondit. Pas folle la
guêpe…
Séverine est morte le 24
avril
1929.
Un extrait d’un article paru dans "Le Cri
du Peuple" le 30 janvier
1887 à propos d'une polémique sur
Clément Duval, membre des panthères de
Batignolles, condamné à mort pour une reprise
individuelle :
"J'ai trop l'horreur des théories et des
théoriciens,
des doctrines et des doctrinaires, des catéchismes
d'école et des grammaires de
sectes pour argumenter et discutailler à perte de vue sur
l'acte d'un homme que
le bourreau tient déjà par les cheveux, et que
tous avaient le droit d'injurier
et de réprouver, sauf nous!"
Son épitaphe préférée :
"Ma cendre sera plus chaude que leur
vie" (Anna de Noailles)
|