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HISTOIRE
Victor Lustig, l'homme qui vendit la tour Eiffel




Cet article est paru sur l'ancienne version du blog Anecdotes onanistes hébergée chez Canalblog le 29 août 2007.




L' histoire de Victor Lustig, l'homme qui vendit la tour Eiffel et les machines à fabriquer les dollars - Photo de la fontaine Wallace dans le parc des Bastions à GenèveIl y a longtemps, je travaillais au marché aux puces de la porte de Clignancourt. En ce temps là, du côté de Vernaison ou de Paul Bert, lorsque nous nous réchauffions autour d’un grog ou d’un pastis suivant les saisons, nous évoquions les histoires ordinaires ou extraordinaires des Puces ; les carambouilles  ou les escroqueries mythiques qui sont la légende de la rue Jules Vallès ou de l’impasse des Boute-en-Train.

Parmi elles bien sûr, celle de, comment s’appelait-il déjà, peut-être Dédé l’Arsouille ou Riton la Jactance, un de ces surnoms qui fleurent bon les Apaches, Casque d’or et les fortifs. Appelons le Riton.

Cela devait se passer au début du siècle, enfin le vingtième. Un jour Riton était accoudé à une fontaine Wallace, une de ces fontaines qui avaient poussées un peu partout dans Paris.

Un Américain s’approcha et lui demanda le prix. Sans se démonter, Riton fixa un prix, marchanda et finalement se mit d’accord avec son client qui alla s’enquérir de portefaix pour déménager la fontaine.

L'homme qui vendit la tour Eiffel - Dessin de Luce BreraInutile de vous décrire la stupeur des hommes de peine puis ensuite du commissaire de police devant la naïveté et le courroux du gogo.
Riton s’était fait la belle depuis longtemps !

Mais une histoire avec ses multiples variantes nous mettait particulièrement en joie et était prétexte à maintes libations, c’était celle de Victor Lustig, l’homme qui vendit la Tour Eiffel.

En notre siècle, nous sommes habitués aux petites escroqueries ordinaires, institutionnelles allais-je dire.

Ce sont celles du banquier qui vous promet des bénéfices mirifiques, des telecom et de ses numéros surtaxés, de l’assureur et de son assurance-mort, du "gratuit" de la grande surface, du chanteur et de sa maison de disques qui vont se refaire une santé avec un gala de charité.
La liste est trop longue pour que je la dresse ici, mirages habituels de la publicité.

L' histoire de Victor Lustig, l'homme qui vendit la tour Eiffel et les machines à fabriquer les dollarsMais Victor Lustig était un poète dans son genre, un partisan de la reprise individuelle sans la violence de Bonnot et de ses compères.

Pour comprendre une escroquerie, il faut savoir qu’elle fonctionne toujours plus ou moins sur le même postulat. Celle ou celui à qui vous allez vendre quelque chose est prêt à franchir les limites de la légalité pour faire une bonne affaire. C’est l’éternelle histoire du voleur volé ou de l’arroseur arrosé.

 Victor Lustig, né en Bohême en 1890, comprit très vite ce principe et fit ses premières armes sur les vapeurs transocéaniques en manipulant les dés et les cartes dit-on.

Dans les années 20, on le retrouve aux Etats-Unis. Victor ayant fait sien les principes de ce grand pays, particulièrement ceux du libre échange et de la saine concurrence, n’accepta pas le monopole de l’Etat sur la monnaie et se mit à vendre des machines à fabriquer les dollars.

Victor Lustig, l'homme qui vendit la Tour Eiffel - Al Capone en 1917 - 18lL’un de ses clients fut Al Capone lui-même qui, lassé de son parcours sanglant, voulait se reconvertir dans la respectable profession d’imprimeur. La tentative échoua et Victor revint précipitamment en Europe.

Un jour de 1925, alors qu’il sortait du palais de Chaillot et empruntait le pont d’Iéna, en voyant ce tas de ferraille mal entretenu à l’époque, la tour Eiffel donc, il décida par conviction esthétique d’en débarrasser Paris.

Le comte Victor Lustig, en homme d’action qu’il était, se transforma illico en Mr. Victor, haut fonctionnaire de l’Etat, et loua une suite à l’hôtel Crillon, place de la Concorde.

Victor Lustig, l'homme qui vendit la Tour Eiffel - le pont d'iéna à Paris au début du siècleSix ferrailleurs auxquels il avait envoyé un appel d’offres pour la démolition de la tour se rendirent au Crillon. Ils furent tous intéressés bien sûr parce qui pouvait se révéler l’affaire du siècle, Le sieur André Poisson particulièrement lorsque Victor le prit en aparté et lui fit comprendre qu’il ne serait pas insensible à un gros pot de vin.

Poisson se retrouvait en terrain connu. Un dessous de table à un haut fonctionnaire de la République Française pour l’attribution d’un marché public, la tradition était respectée.

L’arroseur arrosé vous dis-je !

Victor Lustig, l'homme qui vendit la Tour Eiffel - Le 1er étage de la Tour Eiffel en constructionLa suite de l’histoire fut sûrement délectable, lorsque le Sieur Poisson se rendit sur le Champ de Mars avec sa clé à molette pour démonter la tour Eiffel. Je vous laisse l’imaginer…

Quand à Victor, après ce coup d’éclat, il retourna aux Etats-Unis, son Amérique à lui, le poète commerçant.

On retrouve sa trace en Oklahoma où, emprisonné pour une peccadille, il se fit libérer en vendant une de ses machines miraculeuses au shérif local Richard qui comprit vite le mal fondé de sa reconversion en imprimeur lorsqu’il se fit arrêter par ses anciens collègues…

En 1934, le gouvernement américain, devant l’afflux de billets provenant des "machines à Victor", chargea le Secret Service de le débarrasser de ce concurrent encombrant.

Victor fut arrêté, s’échappa, fut repris et finalement condamné en décembre 1935, après un procès inique bafouant les principes fondateurs des U.S.A. en niant la loi du marché et la libre concurrence, à quinze ans de prison.

Victor Lustig, l'homme qui vendit la Tour Eiffel - Juge Roy Bean, la loi à l'ouest du PecosOn l’enferma dans la sinistre prison d’Alcatraz avec tous les criminels du Pays-Continent, lui l’aristocrate du libre échange.

Voyant sa libération arriver en 1947, on le jeta dans un cul de basse fosse suintant l’humidité où il contracta une pneumonie. Victor Lustig en est mort le 11 mars 1947, assassiné dirais-je par la raison d’état, tel Louis Mandrin l’échangiste suprême.

Mais Victor, permets moi de te le dire, d’outre-tombe, tu restes dans nos mémoires et dans nos verres lorsque nous trinquons, nous les damnés du fisc, les incompris de la Banque de France, toi Victor l’esthète, comme l’homme qui vendit la Tour Eiffel.





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