Femme medecine
| Cet article est paru sur l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
le 24 janvier 2007.
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J’en
ai connu des gens, intimement ou non ; des clowns, des
acteurs, des putes, des assassins, des boutiquiers, De Gaulle que
j’ai vu une fois. Te dire !
Tiens
même un mec, c’était à
Netanya. On venait de
planter le chapiteau. Je discutais avec notre Mr. Loyal
hébreu.
Il commence à me raconter son père qui devait
venir
assister au spectacle. Des milliers de Kms à pied pour
rejoindre Jérusalem en partant du fin fond de la Russie. Je
le
vois arriver, un petit homme rabougri, au volant de sa voiture, en
plus il conduisait, un rêve ce mec je te dis.
J’étais
monté en haut d’un mât pour mieux le voir. Pendant
deux
heures, il riait, il avait peur, devant les fauves, les clowns, le
fildefériste. Un môme quoi. Moi je voyais les
Cosaques,
Tolstoï, les czars, les pogroms, un monde disparu.
Après
le spectacle, son fils m’a présenté.
Banalités
échangées. Les mots n’ont pas
d’importance.
Il
fumait. Un mec normal. Cigarette offerte. Ben ce con, le croiras tu,
il m’engourdit mon paquet de clopes et mon briquet et remonte
dans
sa petite voiture après une bise à son fils.
J’en ris
encore. Quatre vingt seize ans. Un géant sorti de la toundra.
Ils
ont tous laissé une trace en moi et mourront avec moi, pas
avant.
Alors
les scientifiques, jamais vu à part Richard bien sur, mais
Richard, malgré sa notoriété,
c’est évidemment
sa veste afghane et son vélo pourrave qui restent dans ma
mémoire. Le charme britannique !
Trente
jours d’hôpital en hématologie. Des
aiguilles, des
piqûres, des tuyaux dans le corps, des machines bizarres,
nucléaires, atomiques qu’en sais je moi ?
Du sang
aussi, du sang bien sur. Plus de dix litres. Une pensée pour
ces anonymes qui se sont levés un matin afin de
m’accorder
un sursis et qui sont aussi le sel de la terre. Je me suis
trompé
d’époque. Ils n’ont pas encore
inventé la
science-fiction.
Je
me sens le patient modèle, un rêve
d’infirmière.
Toujours le sourire aux lèvres, la plaisanterie rapide mais
jamais leste, le regard pudiquement détourné
devant
l’entrebâillement d’une blouse et de ces
trésors
entrevus, la sonnette ignorée. Doit on sonner une femme
jeune,
belle et qui vous soigne ? Certes non, mon côté
Marcel.
Bien
sur, j’ai vite découvert la manière de
débrancher
la perf en gardant l’aiguille dans le bras,
l’armoire mystérieuse
avec ses seringues d’anticoagulant.
Alors je vaque,je
philosophe
avec les fumeurs, je découvre les étages,les
chambres
stériles, les salles d’opération, les
volontaires de la
Ligue, les vigiles humanistes, l’Intermarché
voisin, les SDF
disponibles, le café désuet de Simone. Une nuit
vous
l’avouerai-je, je m’endormis sur un banc du jardin
sous les
étoiles exactement en observant les avions partant
découvrir
l’Amérique !
Et
Elle, comment vous la décrire la Femme
Médecine ?
Physiquement, je ne sais que dire. L’ayant aperçu
à
une conférence, Xavier, le biologiste fou, la qualifia
d’austère. La quarantaine peut être
dépassée
de quelques semaines ou quelques mois, une coiffure à la
Dany,
des lunettes de scientiste. Non qu’elle ne soit remarquable
ou
séduisante, mais ceci est hors de propos.
La
Diva, la reine de la cellule souche, l’impératrice
du
globule en folie, me voici donc devant elle, subjugué,
anéanti. Des leucémies, des lymphomes, des
myélomes,
elle en a vu une multitude. Tous avec des visages qui tournent dans
sa tête, des yeux qui vous scrutent, une farandole
d’angoisses
qui vous envahit.
Elle sourit bien sur, interpelle, questionne,
ausculte, réfléchit lorsque je la coupe trop
sèchement,
la voyant emprunter la voie si simple de l’illusion et du
mensonge.
Non, Madame, je n’aurai jamais
l’indécence de vous
questionner ayant lu les réponses dans vos yeux. Cherchez
Madame le secret, la baguette. Moi, j’attends,
j’attendrai
toujours l’impossible, que vous me rendiez mes vingt ans.
Elle
cherche, elle cherche, c’est la Femme Médecine.
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