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Cet article est paru sur l'ancienne version du blog Anecdotes onanistes hébergée chez Canalblog le 24 janvier 2007.



Femme médecine - traitement d'une maladie de Waldenström au centre Henri Becquerel de RouenJ’en ai connu des gens, intimement ou non ; des clowns, des acteurs, des putes, des assassins, des boutiquiers, De Gaulle que j’ai vu une fois. Te dire !

Tiens même un mec, c’était à Netanya. On venait de planter le chapiteau. Je discutais avec notre Mr. Loyal hébreu. Il commence à me raconter son père qui devait venir assister au spectacle. Des milliers de Kms à pied pour rejoindre Jérusalem en partant du fin fond de la Russie. Je le vois arriver, un petit homme rabougri, au volant de sa voiture, en plus il conduisait, un rêve ce mec je te dis.

J’étais monté en haut d’un mât pour mieux le voir. Pendant deux heures, il riait, il avait peur, devant les fauves, les clowns, le fildefériste. Un môme quoi. Moi je voyais les Cosaques, Tolstoï, les czars, les pogroms, un monde disparu.
Après le spectacle, son fils m’a présenté. Banalités échangées. Les mots n’ont pas d’importance.

Femme médecine - traitement d'une maladie de Waldenström au centre Henri Becquerel de Rouen - Tableau de Georges SeuratIl fumait. Un mec normal. Cigarette offerte. Ben ce con, le croiras tu, il m’engourdit mon paquet de clopes et mon briquet et remonte dans sa petite voiture après une bise à son fils. J’en ris encore. Quatre vingt seize ans. Un géant sorti de la toundra.

Ils ont tous laissé une trace en moi et mourront avec moi, pas avant.

Alors les scientifiques, jamais vu à part Richard bien sur, mais Richard, malgré sa notoriété, c’est évidemment sa veste afghane et son vélo pourrave qui restent dans ma mémoire. Le charme britannique !

Trente jours d’hôpital en hématologie. Des aiguilles, des piqûres, des tuyaux dans le corps, des machines bizarres, nucléaires, atomiques qu’en sais je moi ? Du sang aussi, du sang bien sur. Plus de dix litres. Une pensée pour ces anonymes qui se sont levés un matin afin de m’accorder un sursis et qui sont aussi le sel de la terre. Je me suis trompé d’époque. Ils n’ont pas encore inventé la science-fiction.

Je me sens le patient modèle, un rêve d’infirmière. Toujours le sourire aux lèvres, la plaisanterie rapide mais jamais leste, le regard pudiquement détourné devant l’entrebâillement d’une blouse et de ces trésors entrevus, la sonnette ignorée. Doit on sonner une femme jeune, belle et qui vous soigne ? Certes non, mon côté Marcel.

Femme médecine - traitement d'une maladie de Waldenström au centre Henri Becquerel de RouenBien sur, j’ai vite découvert la manière de débrancher la perf en gardant l’aiguille dans le bras, l’armoire mystérieuse avec ses seringues d’anticoagulant.

Alors je vaque,je philosophe avec les fumeurs, je découvre les étages,les chambres stériles, les salles d’opération, les volontaires de la Ligue, les vigiles humanistes, l’Intermarché voisin, les SDF disponibles, le café désuet de Simone. Une nuit vous l’avouerai-je, je m’endormis sur un banc du jardin sous les étoiles exactement en observant les avions partant découvrir l’Amérique !

Et Elle, comment vous la décrire la Femme Médecine ? Physiquement, je ne sais que dire. L’ayant aperçu à une conférence, Xavier, le biologiste fou, la qualifia d’austère. La quarantaine peut être dépassée de quelques semaines ou quelques mois, une coiffure à la Dany, des lunettes de scientiste. Non qu’elle ne soit remarquable ou séduisante, mais ceci est hors de propos.

Femme médecine - traitement d'une maladie de Waldenström au centre Henri Becquerel de RouenLa Diva, la reine de la cellule souche, l’impératrice du globule en folie, me voici donc devant elle, subjugué, anéanti. Des leucémies, des lymphomes, des myélomes, elle en a vu une multitude. Tous avec des visages qui tournent dans sa tête, des yeux qui vous scrutent, une farandole d’angoisses qui vous envahit.

Elle sourit bien sur, interpelle, questionne, ausculte, réfléchit lorsque je la coupe trop sèchement, la voyant emprunter la voie si simple de l’illusion et du mensonge.

Non, Madame, je n’aurai jamais l’indécence de vous questionner ayant lu les réponses dans vos yeux. Cherchez Madame le secret, la baguette. Moi, j’attends, j’attendrai toujours l’impossible, que vous me rendiez mes vingt ans.

Elle cherche, elle cherche, c’est la Femme Médecine.





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