la Haine
| Cette page est un extrait de l'article écrit
par Jean-Marc sur le blog Survivre le 13 Janvier
2007. Vous pouvez le
retrouver dans son intégralité en cliquant ici . Il est également paru
sur l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
le 03 Décembre 2007.
|

Pourquoi ce type ne cesse de me suivre?
Par moments j’ai l’impression de l’avoir semé.
C’est là qu’il ressurgit de nulle part.
A voix basse, mais sans colère, il m’accuse de cette horreur.
C’est vous qui l’avez tué, murmure-t-il.
Il parle de son enfant.
Je continue ma route en accélérant le pas.
Je ne sais comment il fait, mais passé le coin de la rue, il est de
nouveau là, devant moi.
Maintenant, il me devance.
Il ressemble au père de David, le petit camarade d’Antoine. Mais ce
n’est qu’une ressemblance. Ce ne peut pas être lui. Je ne pense pas.
C’est un meurtre, murmure-t-il.
Son visage est
impassible. Il ne semble pas en colère. Je ne le comprends pas.
Je ne comprends pas son absence de hargne. Au moins d’indignation.
Sans ralentir mon pas je l’esquive.
Vous avez tué mon enfant lance-t-il derrière moi.
Je tourne dès que je peux.
En tentant de le perdre dans cette ville labyrinthique je risque
moi-même de m’égarer.
Il est déjà là qui m’attend appuyé sur le mur, reprenant son souffle
comme quelqu’un qui a couru.
Comment a-t-il fait pour me devancer?
Il a deviné le chemin que j’allais prendre, comme si il lisait dans mes
pensées. Il ne dit rien, je suis encore trop loin de lui.
Je sens sa bouche prête à déborder de ces ignobles accusations qu’il va
déverser sur mon passage.
Il n’y a pas d’échappatoire, pas d’issue, je dois passer devant lui.
Dans ses yeux brille l’ironie de la victoire.
Il n’y a plus qu’à aller tout droit, tête basse,
ignorer sa présence, comme on le fait d’habitude pour les
mendiants, les éclopés, les fous. Pour tous ceux que
l’on ne veut pas voir. Pourtant on sait qu’ils sont
là. Ils savent aussi qu’on les a vu. On fait mine
d’être préoccupé, on regarde ailleurs, on
change de cap, on accélère.
Mon enfant est mort. Je fixe
les pavés qui défilent de plus en plus vite sous mes
pas.
C’est vous, souffle-t-il sur mon passage.
Je viens de le
dépasser. Le calme avec lequel il m’accuse est
insupportable. Je sens sa présence dans mon sillage. Il ne dit
plus rien. Je cours presque.
Je l’entends haleter dans mon ombre.
Je sais que si je ralentis le rythme, il va reprendre sa litanie
diffamatoire.
Il y a un attroupement, là bas.J’ai une
chance de le perdre. Je ne veux plus l’entendre.
Essoufflé,
le cœur battant à la limite de l’explosion je
m’enfonce dans le groupe.
Il n’y a que des
hommes, tous en
costume noir.Qu’est-ce que c’est? Une manifestation? Un
enterrement?
Ils ont une valise à la main, un casque audio sur
les oreilles, le regard braqué vers la cible unique qu’un
homme grimpé sur un plot de béton leur pointe du
doigt.J’ai compris. Ils sont en visite. Ils
visitent la ville. Ils
écoutent le commentaire du guide dans leurs
écouteurs.
L’autre, le délateur, ne m’a pas
suivi. Il reste à la périphérie du groupe. Il
cherche à me repérer. Il tourne autour de nous.
Je
n’ai pas de costume noir, je ne peux pas échapper à
son regard inquisiteur. Mais il répugne à entrer dans le
groupe.
Alors il se met soudain à crier.C’est vous,
c’est vous qui avez tué mon enfant, hurle-t-il en me
désignant.
Tous les poils de mon corps se hérissent tandis
qu’un sueur froide m’inonde soudain.
Les hommes en noir
dardent sur moi leurs regards l’un après l’autre.Je
me mets à trembler de tous mes membres. Il faut nier, se
défendre.
Ma gorge est
tellement nouée qu’aucun son
n’en peut sortir.
Mon champ visuel commence à se
rétrécir comme se ferme le diaphragme d’un objectif
photographique.
Mes jambes sont molles. Je suis au bord de
l’évanouissement.
Il est mort, clame-t-il, vous
l’avez tué.
Tous les regards qui me fixaient se
détournent soudain.
J’ai juste le temps, avant de perdre connaissance, de voir les
hommes en noir qui s’écartent de moi, chausser des
lunettes sombres et pousser d’un même geste le son de leurs
écouteurs au maximum.
Lire
la suite......
|