Solitude
Cet article reproduit un commentaire que j'ai reçu sur
l'ancienne version du blog
Anecdotes onanistes
hébergée chez Canalblog
à la suite de l'article Soins
intensifs de Jean-Marc du blog Survivre
.
Le site de l'auteur de ce commentaire se nomme Question de Regard
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A toi qui sais
Je ne vais pas décrire, je ne vais rien décrire.
A quoi bon ? Toi qui as vécu ici, tu me comprends sans mot,
les autres de toute façon ne peuvent pas savoir.
Ton monde est devenu un autre monde dès que tu as
passé les portes. Le monde des autres est vivant, le tien,
sans être encore « l’autre »
monde n’est déjà plus le leur. Et ces
deux là n’ont rien à faire ensemble,
puisque rien ne leur est commun, puisque l’un autant que
l’autre rejette inconsciemment ce jumeau étranger.
Tu aimes être seul dans ta chambre. Tes visiteurs sont des
intrus. Tous, qu’ils soient les ombres en blouse blanche qui
sont désormais ton quotidien épisodique, ou plus
terrible encore les « proches » comme il est
convenu de les qualifier, dont la situation est pire peut
être que la tienne, puisqu’ils sont là
contraints malgré eux, par une maladie qui n’est
même pas la leur, et qui leur fait plus peur encore
qu’elle ne te fait mal.
Le mal, ce
compagnon dont les médecins te disent qu’il
n’est pas une fatalité, qu’ils savent le
combattre, mais dont ils te montrent chaque jour un peu plus
qu’il est tien et non pas leur, ce mal qui te tient le ventre
et qui te serre aux tripes, celui qui ne te laisse que vivant alors que
toi, tu voudrais Vivre. Ce compagnon qui multiplie ses
conquêtes, les submerge totalement, mais jamais ne les
partage.
La mort, cette belle Dame en noir, et ses cavaliers… celle
qui rôde autour de toi, que tous « voient
» alors que toi, tu l’apprivoises au fil des
secondes… celle qui dans le hasard de tous nos jours est
notre seule certitude absolue, celle qui sera
l’inéluctable gagnante de tous nos paris sur
l’avenir, la solution extrême de toutes nos
frayeurs, et l’ultime refuge contre nos pires douleurs. Celle
que nous croyons tous fuir alors même que nous courons vers
elle.
Tu sais toi
maintenant, dans ton univers, dans ton dérisoire avenir, que
tu es seul. Que nous sommes tous seuls. Comment peut-on être
seul au milieu d’une foule ? Au milieu d’un monde ?
Jolie question ! Philosophie ? Obscénité ! Tu
sais toi maintenant, les autres le découvriront un jour. Ce
jour venu, même si, ultime et grandiose cadeau
d’une vie fuyante, un cœur posé contre
le tien lui dit « pars en paix, je suis
là… pars tranquille, je finirai ce que tu as
commencé… » Tu sais dès
maintenant que tu seras seul. Tu sais maintenant que tu as toujours
été seul face à la seule question
vraie de ta vie, de toute ta vie.
Certains appellent çà la Mort. D’autres
l’appellent le Salut. Mais toi, tu connais son Nom.
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