Le Solitaire
Tout
occupé de l’assaut qu’il méditoit, Godefroi faisoit préparer
les machines guerrières, quand le Solitaire
l’aborde ; et le
tirant à l’écart,
d’un ton imposant et majestueux lui tient ce discours :
« Seigneur,
tu armes contre Solime les forces de la Terre, mais tu ne commences pas
par où
tu dois commencer.
Cherche
dans le Ciel du secours et de l’appui ; invoque avant
tout la
céleste milice ; elle seule peut t’obtenir la
victoire : c’est à elle
que tu dois la demander : que les Prêtres, revêtus de leurs
augustes
ornements, marchent les premiers, et que leur pieuse harmonie porte
jusqu’au
ciel nos hommages et nos vœux. Vous Chefs augustes d’une sainte
entreprise,
donnez l’exemple à vos soldats, et qu’ils s’avancent sur vos traces. »
Bouillon applaudit au pieux
Solitaire :
« Mortel
cheri des Cieux, lui répond-il, je veux suivre tes
conseils : pendant que je rassemble les Chefs, toi, va trouver
les
Pontifes Guillaume et Adhémar, et tous trois ordonnez la pompe de cette
auguste
cérémonie. »
Le lendemain, dès le lever de l’aurore, le vieillard réunit les
Pasteurs et les
Prêtres dans le lieu consacré au culte de l’Eternel : les
Prêtres revêtent
de longs habits de lin, les Pontifes ceignent la mître et prennent des
ornements tissus d’or et de soie.
Pierre s’avance le premier : dans ses mains est l’étendard
redouté que le
ciel même révere : les Prêtres distribués sur deux lignes
égalent le
suivent d’un pas grave et lent ; le front humilié, d’une voix
suppliante,
ils forment un double concert : Guillaume et Adhémar ferment
ces lignes et
marchent parallélement.
Bouillon paroît seul avec
eux : les Chefs le suivent deux à
deux ;
les soldats marchent ensuite chacun à son rang. Ainsi sortoient de
leurs
retranchements les peuples unis pour venger leur commune croyance. La
trompette
ne faisoit point entendre ses sons belliqueux ; tout dans
leurs chants
respiroit la priere.
Ils t’invoquent, ô Pere tout-puissant et toi Fils égal au Pere, et toi
qui les
unis tous deux par les nœuds d’un éternel amour ! Ils
t’implorent, ô
Vierge secourable aux mortels, Vierge mere d’un Homme-Dieu !
et vous, troupe
brillante, Chefs subordonnés de l’immortelle milice, et toi fidèle
précurseur,
devant qui s’humilia la majesté d’un Dieu.
Il réclame ton secours, ô roi qui fondas, qui soutiens cette chaire
d’où les
pontifes, tes successeurs, répandent sur l’Univers les trésors de la
grace et
ouvren les portes du salut : et vous qui annonçate aux mortels
étonnés un
dieu vainqueur du trépas, et vous qui pour attester ce miracle,
prodiguâtes
votre sang et votre vie !
Soyez-nous propices, vous
dont la langue ou les écrits enseignerent aux
humains
le chemin qui conduit au ciel. Et toi, favorite de Jésus-christ, toi
qui sut
choisir le sort le plus heureux, et vous qui, renfermées dans un asyle
solitaire, ne connûtes que Dieu pour époux, et vous encore femmes
généreuses
qui, par un effort plus sublime, bravates les supplices et la fureur
des
tyrans !
| PEINTRE
ET DATE |
TITRE
DU TABLEAU |
| Eugène
Delacroix |
L'entrée
des croisés à Constantinople |
| 1840 |
The
Entry of the Crusaders in Constantinople |
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