Godefroi le fantassin
L’aurore
luttoit avec les ombres, et les premiers feux du jour n’avoient point
frappé
les portes de l’orient : le bœuf d’un pas tardif ne traçoit
point encore
ses pénibles sillons ; l’oiseau dormoit sous le feuillage, le
pasteur
dormoit, les troupeaux dormoient aussi : le chasseur ni les
chiens ne
troubloient point encore le silence des bois, quand tout-à-coup la
trompette
appelle les combats, et de ses sons guerriers épouvante les airs.
Mille cris répètent aussi-tôt, aux armes ! aux
armes ! Godefroi se
léve ; il ne revêt point sa cuirasse accoutumée, il ne prend
point son
lourd bouclier : il n’a que l’armure et l’habillement d’un
simple
fantassin : Raymon le surprend dans cet équipage.
Il devine son
projet : « Seigneur,
lui dit-il, où est ta cuirasse, où
sont tes armes ? Pourquoi ce corps presque nu ? Je
n’aime point à te
voir exposé avec une si foible défense : tu n’aspires sans
doute qu’à une
gloire commune ?
Eh !
que prétends-tu ? la palme d’un soldat : laisse aux
autres
ces vulgaires exploits : qu’ils exposent, dans les combats,
une vie moins
utile et moins intéressante. Toi, reprends ton armure, et du moins,
pour nous,
prends soin de tes jours : tu es l’ame du camp, le mobile de
notre
entreprise ; assure nos succès en conservant ta vie. »
Il se tait : « Sage
et vertueux ami, lui répond Bouillon, quand
Urbain me ceignit cette épée dans Clermont, je ne promis pas au ciel de
n’être
que Capitaine : par un vœu secret, je m’engagai encore à
combattre comme
simple soldat.
Quand
j’aurai mis toutes nos forces en activité, quand j’aurai rempli tous
les
devoirs d’un chef, j’irai sous ces remparts acquitter un devoir non
moins
sacré ; et sans doute Raymond ne me désavouera pas. Que le
ciel veille sur
ma vie, moi je ne puis songer qu’à remplir mes sermens. »
Il dit , et tous les Chevaliers Français et ses deux freres suivent son
exemple : les autres guerriers s’arment comme eux en
fantassins. Cependant
les Infidèles sont déjà sur la partie de leurs murs que bat le fougueux
Aquilon, et qui se replie vers l’Occident.
Tranquilles sur les autres côtés que la nature a pris soin de défendre,
ils
réunissent dans ce seul point toutes leurs forces : Aladin y
rassemble, et
ses sujets, et sa milice étrangere. Les enfans, les vieillards viennent
partager leurs travaux et lutter, avec eux, contre la
fortune ; ils
fournissent à des bras plus vigoureux la chaux, le soufre, le bitume,
les
pierres et les flèches.
Le rempart est hérissé
d’armes et de machines guerrières ; là, le Sultan
tel qu’un géant terrible élève son front menaçant : plus loin
paroît le
Circassien tel qu’un bastion au milieu des créaux. Clorinde est sur une
tour et
domine, et les assiégés et les assiégeans.
Sur ses épaules prend un carquois ; la flèche est dans ses
mains ;
son arc est déjà tendu ; dans cette attitude, elle attend
l’ennemi au
passage : telle jadis au sein des nues, on croyoit voir la
fille de Latone
lancer les traits et la mort.
| PEINTRE
ET DATE |
Titre
et commentaire |
| Peter
Paul Rubens |
La
mort du consul Decius Mus |
| 1617 |
The
Death of Decius Mus |
|