ACCUEIL arrow DOMAINE PUBLIC arrow Le Tasse arrow La naissance de Clorinde
Menu principal
ACCUEIL
LUCE BRERA
VINCENT VAN GOGH
ANECDOTES ONANISTES
DOMAINE PUBLIC
Plans du site
La naissance de Clorinde

DOMAINE PUBLIC




La Jérusalem délivrée
Chant XII ( 2 )
La naissance de Clorinde




Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  FaustulusClorinde, pour dérober sa marche aux yeux des Chrétiens, quitte ses pompeux habits et sa brillante armure : elle revêt une cotte-d’armes noire, funeste présage de son malheur. Elle prend un bouclier sans éclat, et un casque qui n’a ni cimier ni panache. Arsés est auprès d’elle, l’Eunuque Arsés qui la reçut au moment où elle respira le jour, et qui prit soin de son enfance.

Quoiqu’ accablé de vieillesse, il s’est partout traîné sur les pas de l’intrépide Guerrière : il lui voit changer son armure ; son cœur présage les dangers où elle va s’exposer ; il s’en afflige, il l’a conjure par ses cheveux blancs, par le souvenir de sa tendresse et de ses services, d’abandonner une funeste entreprise. Elle résiste à ses prières et à ses larmes.

« Cruelle ! lui dit-il enfin : puisque rien ne peut fléchir ce cœur obstiné, il faut que je dévoile à vos yeux le mystere de votre naissance : quand vous connoîtrez qui vous êtes, vous suivrez à votre gré, ou mes conseils, ou l’ardeur qui vous entraîne. » Il poursuit, et Clorinde, les yeux fixés sur lui, l’écoute en silence.

« Senape régnoit sur l’Ethiopie ; peut-être y règne-t-il encore : il adore le fils de Marie, et tout son peuple l’adore comme lui. J’étois esclave dans son palais et confondu avec les femmes de la Reine, je servois cette Princesse : elle étoit noire ; mais sa couleur n’altéroit point sa beauté.

Senape l’aimoit avec fureur, et sa jalousie étoit égale à sa flamme : cette funeste passion se nourrissoit dans son cœur déchiré. Il la cachoit aux mortels ; il auroit voulu la cacher au ciel même. La Reine toujours sage, toujours modeste vivoit dans le silence et dans la retraite ; et faisoit son bonheur du bonheur de son époux.

Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  FaustulusDans sa chambre étoit un tableau de piété qui représentoit une histoire touchante : on y voyoit une jeune fille blanche comme la neige, enchaînée près d’un dragon furieux : un cavalier perçoit le monstre qui nageoit expirant dans les flots de son sang. Devant ce tableau, souvent la Reine humilioit son front, faisoit l’aveu de ses fautes secrettes, versoit des larmes, et récitoit des prières.

Cependant elle conçoit et met au jour une fille d’une blancheur éclatante : cette fille c’étoit vous…. A cette vue, elle se trouble, et son cœur est étonné de ce prodige nouveau : bientôt elle craignit la jalousie d’un époux soupçonneux ; elle craignit que cette couleur inconnue en Ethiopie ne fût pour lui la preuve d’un crime affreux ; et pour éviter sa fureur, elle résolut de vous cacher à sa vue.

On lui offre à votre place une petite Ethiopienne qui vient aussi de naître : les femmes de la Reine et moi nous étions les seuls qui eussions accès dans la tour où elle étoit renfermée : elle connoissoit mon zèle ; ce fut à ma fidélité qu’elle daigna confier le triste et cher dépôt dont elle étoit forcée de se séparer. Vous n’aviez point été plongée dans ces eaux que les Chrétiens appellent sacrées : l’usage d’Ethiopie recule cette cérémonie à un âge plus avancé.

Les larmes aux yeux, elle vous remit dans mes bras, m’ordonna de vous porter dans un pays lointain, et d’y élever secrètement votre enfance. Qui pouroit vous peindre la douleur de cette mere infortunée ? Combien de fois elle vous serra dans ses bras ; combien de fois elle répéta ses tristes et derniers adieux ; vos joues furent souvent arrosées de ses pleurs ; souvent ses sanglots interrompirent ses plaintes et ses regrets. Enfin levant les yeux au ciel : ô mon Dieu ! dit-elle, toi qui sondes l’abîme des ames, toi dont l’œil éclaire les replis les plus secrets de mon cœur !

Si ce cœur fut toujours pur, si jamais le crime ne souilla ni ma pensée, ni mon lit…. ah ! ce n’est pas pour moi que je t’implore ! d’autres fautes m’ont mérité tes dédains et ton courroux…. Mais, ô mon Dieu ! veille sur un enfant innocent, qu’une mere déplorable est forcée d’arracher de son sein ! que ma fille vive ; qu’elle ne tienne de moi qu’un attachement inviolable aux lois de l’honneur ! qu’elle apprenne d’une autre à être heureuse et fortunée !

Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  FaustulusEt toi, céleste guerrier, qui sauvas cette Vierge du serpent prêt à la dévorer, si j’ai, devant ton image, allumé de pieux flambeaux, si je t’ai offert de l’or et de l’encens, daigne t’intéresser à ma fille ; sois son protecteur et son asyle dans les dangers. Elle se tait à ces mots ; son cœur se ferme et se resserre, et la paleur de la mort couvre son visage.

Je vous pris entre mes bras, je vous baignai de mes larmes, et je vous emportai cachée dans une corbeille sous des feuilles et des fleurs. Je trompai tous les yeux : seul et sans confident, je partis déguisé. Une sombre forêt me reçut ; là je vis venir à moi une tigresse, l’œil en feu, la gueule béante.

Plein de frayeur, je m’élance sur un arbre et je vous laisse sur le gazon : le monstre s’approche et tourne sur vous ses sinistres regards : mais soudain il s’adoucit, et oubliant sa férocité, de la langue il vous caresse et vous flatte, vous lui souriez, et votre main innocente lui rend ses caresses.

Enfin elle se couche auprès de vous et vous présente ses mammelles que pressent vos lèvres avides. Etonné, confondu, je contemple ce prodige. Cependant, l’animal qui vous voit rassasiée de son lait, s’enfuit et disparoît  à mes yeux.

Je descends, je vous reprends dans mes bras, et poursuivant ma route, je m’arrête enfin dans une bourgade obscure : là, je vous élevai à l’ombre du silence et du mystere. Ce fut-là que votre langue apprit à former les premiers sons, que vos pieds foibles et tremblans hasarderent les premiers pas. L’astre qui mesure les mois avoit seize fois recommencé sa carriere depuis que nous étions dans cet asyle.

Déjà je touchois au déclin de mes ans, j’étois riche et chargé des trésors dont, en partant, la Reine m’avoit comblé : je me lassai enfin d’errer dans dans une terre étrangere ; l’amour de la patrie se réveilla dans mon cœur : je voulus revoir mes amis, les lieux qui m’avoient vu naître et vieillir dans mes propres foyers.

Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  FaustulusJe pars, je dirige mes pas vers l’Egypte, et je vous emmène avec moi : j’arrive aux bords d’un torrent, des brigands m’y surprennent ; la mort d’un côté, de l’autre une onde rapide et menaçante : que devois-je faire ? je veux me sauver, et je ne puis laisser mon doux et précieux fordeau : je me jette à la nage : d’une main je fends les eaux, de l’autre je vous soutiens.

Le torrent est rapide ; au milieu s’ouvre un gouffre profond où l’onde tourne et se replie sur elle-même : j’en approche : elle m’entraîne et va m’engloutir ; je vous abandonne alors : mais, ô prodige ! l’eau se courbe sous vous, ses vagues caressantes vous soutiennent ; le vent qui la seconde vous porte sur la rive et vous dépose sur le sable. Moi-même enfin j’y arrive avec peine, haletant et fatigué.

Je vous réchauffe dans mon sein. La nuit nous couvre bientôt de ses ombres, et nous livre au sommeil : je vois en songe un guerrier terrible et menaçant ; il m’appuie sur le visage une épée nue ; et d’un ton impérieux, je te commande, me dit-il, d’exécuter d’abord les ordres que te donne la Reine : Baptise cet enfant : elle est chérie du ciel, et je dois veiller sur ses jours.

Je la garde, je la défends ; c’est moi qui ai pour elle adouci les monstres des forêts et donné du sentiment aux eaux : malheur à toi ! si tu ne crois à un songe interprête des célestes volontés. Je repris mon voyage ; né Musulman, et tout plein de ma croyance, je regardai mon songe comme une vaine illusion.

J’oubliai mes promesses et les prières de la Reine : je laissai sur vos yeux le bandeau de l’erreur, et vous fûtes élevée dans la loi de Mahomet. Vous croissiez, et bientôt votre audace intrépide dompta la nature et la foiblesse de votre sexe ; les armes à la main, vous acquittes de la gloire, des trésors. Vous savez quels ont été depuis vos destins ; vous savez que fidèle à mes devoirs, ma tendresse vous a toujours suivie dans vos courses guerrières.

Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  FaustulusHier, plongé dans un sommeil léthargique, un songe offrit encore à ma vue ce formidable guerrier : il porta sur moi des regards plus sinistres, et d’une voix terrible : Infidèle, me dit-il, l’heure s’approche où Clorinde doit changer de sort : malgré tes efforts, elle sera à moi, il ne te restera que ton désespoir. Il dit, et d’un vol rapide il s’élève dans les airs.

Ce songe, ô cher et triste objet de mes soins ! ce songe vous menace de quelque événement funeste : je ne sais, mais peut-être le ciel ne veut pas qu’on attaque la religion de ses peres : peut-être le culte d’Ethiopie est le culte véritable. Ah ! quittez, je vous en conjure, quittez ces armes, et retenez ce courage impétueux. »

Il se taît ; et des pleurs inondent ses joues : Clorinde demeure inquiette et rêveuse. La même vision avoit troublé son sommeil et alarmé son cœur.

Enfin reprenant un air calme et serein. « Je suivrai, lui dit-elle, une croyance qui me paroît la vraie : toi qui me la fis sucer avec le lait, pourquoi veux-tu élever aujourd’hui des nuages dans mon ame ? je n’abandonnerai point mon entreprise ; je ne quitterai point mes armes : une pareille lacheté déshonoreroit Clorinde. Non, quand la mort se présenteroit à mes yeux, sous la forme la plus affreuse, elle ne m’arrêteroit pas. »





Le Tasse - La Jérusalem délivrée - Chant 12 ( 2 ). La naissance de Clorinde. Picture of Pietro Berrettini: Romulus and Remus Given Shelter by  Faustulus





PEINTRE ET DATE TITRE
Pietro Berrettini dit Pierre de Cortone Romulus et Rémus recueillis par Faustulus
vers 1643 Romulus and Remus Given Shelter by Faustulus




Van Gogh sur Utopique Gallery Luce Brera sur Utopique Gallery Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

Nous contacter
Anecdotes onanistes, le blog de mandrin45 sur Utopique Gallery Des ressources du domaine public présentes sur Utopique Gallery
Van Gogh
Gallery
Luce Brera
Gallery
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
Anecdotes
Onanistes
Domaine
Public
 
< Précédent   Suivant >
 
© 2007/2008 - Design Utopique Gallery - Site motorisé par Joomla! Open Source sous licence GNU/GPL