Van Gogh - le suicide
Mon cher frère,

Merci de ta bonne lettre et du billet de 50 francs qu'elle
contenait.Je
voudrais bien t’écrire sur bien des choses mais
j'en sens
l'inutilité. J'espère que tu auras
retrouvé ces
messieurs en de bonnes dispositions à ton égard.
Que tu me rassures sur l'état de paix de ton
ménage, c'était pas la peine, je crois avoir vu
le bien autant que l'autre côté. Et suis tellement
d'ailleurs d'accord que d'élever un gosse dans un
quatrième étage est une lourde corvée
tant pour toi que pour Jo.
Puisque cela va bien, ce qui est le principal, insisterais je sur des
choses de moindre importance. Ma foi, avant qu'il y ait chance de
causer affaires à têtes plus reposées,
il y a probablement loin.Voilà la seule chose
qu'à présent je puisse dire et que cela pour ma
part je l'ai constaté avec un certain effroi, je ne l'ai pas
caché déjà. Mais c'est bien
là tout.
Les autres peintres, quoi qu'ils en pensent, instinctivement se
tiennent à distance des discussions sur le commerce
actuel.Eh bien vraiment, nous ne pouvons faire parler que nos tableaux.
Mais pourtant mon cher frère, il y a ceci que toujours je
t’ai dit et je te le redis encore une fois avec toute la
gravité que puisse donner les efforts de pensée
assidument fixée pour chercher à faire aussi bien
qu'on peut - je te le redis encore que je considérerai
toujours que tu es autre chose qu'un simple marchand de Corot, que par
mon intermédiaire tu as ta part à la production
même de certaines toiles, qui même dans la
débâcle gardent leur calme.Car là nous
en sommes et c'est là tout au moins le principal que je
puisse avoir à te dire dans un moment de crise relative.

Dans un moment où les choses sont fort tendues entre
marchands
de tableaux - d'artistes morts - et d'artistes vivants.Eh bien, mon
travail à moi, j'y risque ma vie et ma raison y a
fondrée
à moitié - bon - mais tu n'es pas dans les
marchands
d'hommes pour autant que je sache, et puisse prendre parti, je le
trouve, agissant réellement avec humanité. Mais
que
veux-tu?
Vincent portait sur lui cette lettre le 29 juillet 1890
Lettre de Vincent Van Gogh à son frére
Théo
Ref: Lettre 652 - de Vincent à Théo

| Vincent Van Gogh |
Champ
de blé aux corbeaux |
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Wheat
field with crows |
| F 779 |
Auvers
sur Oise - Juillet 1890 |
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